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Grandeur et décadence : « L’Etat civil » de Benmhidi et Abane à Saadani

Posted by bendrihem-haider on octobre 5th, 2014

Grandeur et décadence : « L’Etat civil » de Benmhidi et Abane à Saadani

 Par Haider Bendrihem  habendri57@yahoo.fr

 Publié dans le quotidien ELWATAN

                        

Le pouvoir semble vivre dans une cacophonie indescriptible. Le peu de culture d’Etat qui subsistait encore après la prise du pouvoir par Bouteflika a été réduit à néant. Tout est fait dans l’improvisation, la précipitation et le mépris de l’autre afin d’imposer un scénario qui risque de mettre le pays à feu et à sang. Qu’est ce qui explique cet état de fait ?

Quand Amar Saadani annonce des changements profonds dans les hautes sphères de l’Etat dans les jours à venir, en réalité il annonce la fin éminente d’une étape du pouvoir actuel et la mise en œuvre d’un plan qui va être imposer au peuple.

Il veut en réalité, aussi, vendre le maintien du clan qui gouverne le pays à travers la formule toute trouvée de « l’Etat civil ». C’est quoi « l’Etat civil » pour Amar Saidani ? Abane et Benmhidi ont certes annoncé la primauté du civil sur le militaire, tout en consolidant la cohésion et la complémentarité du militaire et du politique pour la libération de l’Algérie. Le binôme Abane et Benmhidi avait réussi à structurer la révolution et l’a doté de ces organes légiférant et exécutif. Mais leur œuvre n’a pas vécu trop longtemps suite à la main mise des trois B sur l’ensemble des structures du pouvoir. Le militaire, alors, avait primé sur le civil et tout le pouvoir sera mis entre les mains des militaires après la crise de l’été 1962.  

« L’Etat civil » rêvé par Abane et Benmhidi n’est certainement pas celui de Saadani, qui est lui-même un produit de l’Etat sécuritaire.  Cet « Etat civil » ne sera possible que dans un contexte d’un état de droit qui consacre la légitimité populaire.

Pour Saadani, qui est un homme averti, bien informé et exécutant une feuille de route déjà mise en œuvre, « l’Etat civil » n’est pas la séparation des pouvoirs, bien au contraire,  la révision de la constitution, en 2008, a concentré tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. « L’Etat civil » n’est pas la  consécration du contrôle de l’exécutif à travers des mécanismes démocratiquement élus tel qu’il est de tradition dans les pays où la société civile est la garante de la pérennité  de la démocratie, les élections de 2014 ont bien montré un mépris pour tout un peuple en donnant 80% à un président malade et totalement effacé.

Les parrains de Saadani cherchent en réalité à affaiblir l’autorité capable de s’opposer à une certaine candidature à la présidentielle qui serait fatale au pays. C’est clair, c’est une partie de l’armée qui est visée à travers cette formule aussi ambigüe que la personne qui en est l’auteur.

Actuellement, le seul acquis qui a réussi à maintenir le pays debout, malgré tous les coups et les insuffisances, est l’institution militaire, son unité, son professionnalisme, sa discipline et son patriotisme. C’est à cet acquis que cette meute d’affairistes s’attaque de front. L’ANP et tous les services de sécurité ne doivent pas être des outils au service du pouvoir ni d’un clan, ils appartiennent à la nation et ils sont au service de la nation toute la nation.

Créer la zizanie et diviser l’indivisible, même au sein des partis au pouvoir, ne leur suffit pas, ils s’attaquent aux derniers verrous qui maintient la république debout afin d’installer durablement  le pouvoir de l’argent sale.

Comment croire à une volonté de consacrer un Etat dans n’importe quelle  forme autre que celle d’un Etat non-militaire ou sécuritaire, quand ce pouvoir refuse de dialoguer avec l’opposition et lui refuse même les autorisations pour mener son activité. Pire encore, une simple conférence animée par un ancien chef du gouvernement à Tlemcen fut interdite, sans aucun motif apparent. Même le discours pacificateur et rassembleur d’un ancien chef du gouvernement s’apparente à de la subversion pour l’actuel pouvoir.

Ce qui apparait nettement claire, aujourd’hui, est la volonté affirmée pour la prise du pouvoir, tout le pouvoir, par la puissance de l’argent. Les derniers leviers qui agissent contre cette fatalité commencent à sauter.

Ceux qui  croient que Saadani est un simple fou du Roi doivent revoir leurs grilles de lectures.

Cet homme parle au nom du pouvoir réel, et ce pouvoir agit. Il est au centre de la décision politique. Il veut aujourd’hui tout le pouvoir, c’est-à-dire transformer la République algérienne en République bananière basée sur deux leviers, à savoir la rente pétrolière et son bras sécuritaire. En somme, c’est la définition réelle de « l’Etat civil » prônée par Saidani et ses mentors. En plus du pouvoir de l’argent, ce clan compte actionner son armée formée par ses clients au sein de l’administration qui a squatté les espaces qui reviennent aux institutions élues, en gérant seul le pays, en dehors de tout contrôle populaire, judiciaire ou autres, et en distribuant la rente pour colmater les demandes sociales et en renforçant le pouvoir de l’argent à travers les marchés publics

Le cas de la gestion de la crise de Ghardaïa illustre le mieux cette vision des choses. En effet, la défaillance des responsables est criarde dans cette affaire. Les élus locaux sont absents. Ils n’arrivent pas à se frayer un chemin parmi cette faune politique qui fait la navette entre Alger et Ghardaïa. Les élus au niveau des deux chambres du Parlement brillent aussi par leur absence et leur silence. Pouvaient-ils parler, eux qui souffrent de légitimité ?! A travers cette crise, le pouvoir a encore prouvé qu’il ne gère qu’à travers le sécuritaire et l’argent de la rente, c’est-à-dire les deux leviers, à savoir la rente et le sécuritaire.

Le pouvoir semble ne pas se poser de questions sur le coût de la gestion sécuritaire des crises telle que la crise de Ghardaïa au cour de laquelle des milliers d’hommes sont mobilisés avec leurs moyens, engins et outils de répression à longueur de l’année. Cet état de fait n’est pas la faute des gendarmes et  policiers qui peinent à maintenir l’ordre dans cette région meurtrie, mais, bien la faute de la décision politique qui demeure centralisée et entre les mains d’hommes incapables qui ont mené le pays à une faillite généralisée.   .

Ainsi, c’est un nouveau type d’Etat qui est entrain de se former. Un Etat rentier et sécuritaire consacrant une République bananière, appelée par Saidani « Etat civil ».

 

 

Devant cette impasse, à la fois, politique, économique, sociale et morale, le pouvoir en place  s’acharne à anéantir ce qui reste des fondements de l’Etat républicain, pour permettre aux prédateurs de s’accaparer de ce qui reste de la rente, à travers un pouvoir dominé par l’argent sale, en imposant à la société une nouvelle forme de transmission du pouvoir à la syrienne.

Pour l’opposition, le temps est malheureusement pour les luttes de leadership et pour les plans d’alternance qui nourrissent des mythes et qui donnent des faux espoirs au peuple.

Certes, l’opposition a prouvé son évolution et son sens de la responsabilité, en se réunissant d’abord et en murissant des plans de sortie de crise pour épargner à notre peuple d’autres drames. Mais, dès l’entame de son action, une partie de l’opposition fut évacuée par des calculs de leadership de certaines composantes de cette initiative.

La main tendue au pouvoir n’a pas eu de suite, il est temps que l’opposition revoit sa grille de lecture, en s’inscrivant dans l’après Bouteflika et surtout en posant les premiers jalons d’un congrès de toute l’opposition pour la refondation nationale et pour la construction d’institution civiles et républicaines qui passent par la légitimité des urnes.

Pour remettre le véritable débat sur les rails et créer surtout un rapport de force salvateur pour le pays, l’opposition est appelée à inscrire certaines urgences dans son calendrier immédiat.

L’après Bouteflika a sonné et le pouvoir de l’argent est en  phase d’action pour ne pas être surpris par une vacance prématurée du pouvoir. Il est du devoir de l’opposition d’agir dans l’urgence pour refuser la fatalité de la transmission familiale du pouvoir, ou la fatalité du pouvoir considéré comme un legs, afin, d’épargner à notre peuple meurtrie par plus de 10 ans de sang et d’instabilité, la tragédie libyenne, l’impasse égyptienne ou le drame syrien.

La refondation de l’Etat nation passe inéluctablement par le refus de cette fatalité et la revendication d’une commission indépendante d’organisation des élections pour aller conquérir le pouvoir à travers les urnes. L’opposition doit, dès aujourd’hui, s’entendre sur le contenu et les outils  de cette transition élue. Cette transition élue doit être concertée avec toutes les composantes de cette opposition, autour d’un programme orienté sur la refondation de l’Etat nation, tel que rêvé par les initiateurs du 1er Novembre 1954.

 

 

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